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Renaître… au péril du vivant

Le Bistrot des Ethnologues de Montpellier fait sa rentrée sous le signe du renouveau, après avoir remodelé les contours esthétiques de sa marque de fabrique, qui demeure depuis près de 28 ans le partage du savoir anthropologique autour d’un verre. Nous irons trinquer à notre santé recouvrée, bien au-delà de La Fenêtre et de l’Hérault pour nous installer le temps d’une soirée à Millau et à Toulouse.

Nous démarrerons cette nouvelle édition autour d’un véritable chantier à cœur ouvert, qui nous conduira sur la piste des animaux « chasseurs de virus » avec Frédéric Keck qui présentera des sous-bassement conceptuels qui orientent la manière dont les microbiologistes « traquent » la survenue de maladies infectieuses chez les humains par l’observation des oiseaux. Nous resterons sur le fil de cette liminarité avec le monde animal en compagnie de Bernard Traimond avec qui nous partirons en immersion à la chasse aux sangliers pour découvrir, grâce à la maladresse légendaire de l’anthropologue, les ressorts de la maîtrise de la faune sauvage. Au-delà de la fascination caractérisée par des rapports d’attraction et répulsion, nous nous approcherons de l’ours qui a confié à Nastassja Martin le soin de nous relater leur singulière rencontre. A travers une ethnographie sensible teintée de frictions, de rêves et de métamorphoses, elle nous transmettra son expérience animiste qui s’avère une source précieuse d’inspiration pour rester humains et connectés au vivant. Les vaches du pays Mursi d’Ethiopie scelleront cette approche paradoxale des rapports entre humains et animaux, par l’entremise de Jean-Baptiste Eczet qui dévoilera comment elles sont choyées par leurs éleveurs avant d’être mises à mort. Loin de s’en tenir à de simples soins, les Mursi développent toute une esthétique corporelle et une organisation sociale inspirée de la valeur de l’animal qui repose en particulier sur la couleur de sa robe. Nous reviendrons ensuite avec Dorothée Dussy et Elsa Faugère aux perceptions des évolutions environnementales telles qu’elles sont élaborées par les chercheurs à partir de l’exemple des abeilles et de leur inquiétante surmortalité en Europe. La pulvérisation chimique, au centre des débats, passe du statut de poison à celui de remède selon les perceptions du « fonctionnement du vivant » élaborées par les apicultrices et apiculteurs qu’elles ont rencontrés ; lesquels doivent concilier leur pratique apicole avec la rentabilité de leur activité.

Les ruines et la désolation tenteront vainement de s’immiscer dans la discussion que nous aurons avec le Collectif Rosa Bonheur que nous accueillerons pour une première fois à la Cave Poésie à Toulouse. Nous évoquerons avec eux les stratégies développées par les populations des territoires désindustrialisés pour recomposer d’autres formes d’existences, ne reposant pas tant sur le marché du travail, mais bien plus sur des formes de solidarité, d’activités non-marchandes qui permettent à ces habitants de « s’en sortir » dans un contexte où la précarité ne cesse de gagner du terrain. Et il se pourrait bien que le rôle du facteur, décrit par Nicolas Jounin, ne soit pas épargné par ces transformations sociales et sociétales. Du travail méticuleux du transport des courriers et colis aux « quatre coins de France », s’est substitué un marché mondial de la livraison reposant sur l’exploitation de l’inemploi et d’une main d’œuvre corvéable. Mais le facteur est encore bien là et on l’attend toujours, parfois pour discuter et marquer le temps d’un « bonjour » la résistance ordinaire au retrait progressif des services publics en France. L’hôpital, nous le savons plus que jamais, fait partie de ces endroits où il faut pallier et s’organiser face à la pénurie. Yannick Jaffré sera notre guide au sein des cliniques pédiatriques d’Afrique de l’Ouest où il s’est intéressé aux liens d’attachement entre soignants et malades, qui bouleversent la prise en charge des enfants. Il nous fera prendre la mesure de la souffrance des soignants face au dramatique « manque de moyens », s’accompagnant d’un processus de conscientisation des approches de la douleur et du soin. Plus loin, en compagnie de Boris Pétric, nous irons voir comment la viticulture française est, quant-à-elle, un patrimoine qui s’exporte particulièrement bien dans un contexte de mondialisation. Son film Château Pékin (en sélection officielle au festival Jean Rouch de 2018) nous permettra de suivre les pérégrinations de trois protagonistes français et chinois, pour qui l’art de la vinification n’est autre qu’un ferment des relations franco-chinoises. Mais il est d’autres contextes où « la mayonnaise ne prend pas », si l’on peut dire. Jean-Pierre Olivier de Sardan, spécialiste des interventions humanitaires et du développement en Afrique, prendra le temps de nous décortiquer les écarts entre les projections idéalistes voire décalées et la rugosité plus pragmatique des réalités observées sur les territoires où se déploient ces politiques développementistes. Ce sera l’occasion de revisiter l’évolution des dilemmes éthiques et politiques qui jalonnent l’histoire de l’anthropologie de la colonisation à nos jours.

 

Gaëlla Loiseau

Présidente du Bistrot des Ethnologues de Montpellier

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Sauf mention contraire les séances ont lieu à 20h
à La Fenêtre :  27 rue Frédéric Peysson – Montpellier – www.la-fenetre.com
Entrée libre – Petite restauration locavore et bon vin sur place

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