Séance en partenariat avec la revue Ethnologie française
L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 déclenche un mouvement d’exilés dont l’échelle est sans précédent en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en mars 2023, plus de 8 millions d’Ukrainien-nes ont dû quitter leur pays en fuyant les bombardements et/ou l’occupation de leurs territoires par l’armée russe et près de 5 millions ont été contraint-es à se déplacer, à l’intérieur même de l’Ukraine, vers des régions moins affectées par les combats. Bien que les retours en Ukraine se multiplient depuis le début de l’invasion à grande échelle, cet exode inédit touche près d’un quart de la population ukrainienne (qui habitait dans le pays avant le 24 février 2022). Il intensifie le mouvement de migrations forcées amorcé depuis 2014 par l’annexion de la Crimée par la Russie et l’éclatement des hostilités dans le Donbas, à l’est de l’Ukraine [Kuznetsova et Mikheieva, 2020].
Cet afflux brutal et massif des personnes exilées d’Ukraine suscite un élan de solidarité et d’hospitalité de la part des États de l’UE. Les pays de l’Europe centrale et orientale, alors qu’ils étaient traditionnellement réticents à une politique européenne de l’asile [Gemenne et Thiollet, 2022] et à s’ouvrir aux exilés syriens et afghans [Wihtol de Wenden, 2022], ouvrent immédiatement leurs portes. L’UNHCP enregistre près de 100 000 traversées quotidiennes de la frontière polono-ukrainienne dès le 27 février, ces passages se stabilisant aux alentours de 20 000 par jour à la fin du mois de mars [Chopard et Bressange, 2022]…
Tatyana Shukan est docteure en science politique et maîtresse de conférence en études slaves à l’université de Strasbourg. Ses recherches se situent à la croisée de la sociologie politique et des études aréales ex-soviétiques et portent sur les mobilisations en contextes autoritaires et la sociologie de l’exil.
Ronan Hervouet est professeur de sociologie à l’université de Bordeaux où il assure des cours sur l’histoire de la sociologie et mène des recherches en sciences politiques et sociologie comparative au Centre Émile Durkheim, dont il a été le directeur adjoint de 2016 à 2019. Spécialiste de la Biélorussie, il y a travaillé durant 5 ans, analysant le régime autoritaire en place en étudiant, à travers une approche ethnographique, les rapports des Biélorusses au politique. Durant ses années passées à Minsk, il a mené par ailleurs les fonctions de codirecteur du Centre franco-biélorusse de sciences politiques et d’études européennes durant trois ans (2009 – 2012).
